La pensée féministe noire, Patricia Hill Collins
Avant , Essai / 21 avril 2019

Voici un ouvrage massif et documenté sur la pensée féministe noire qui est un vrai coup de cœur dans la bibliothèque de ce site. Il s’agit d’un best seller publié en 1990 aux Etats-Unis et qui a été traduit en 2016 par la maison d’édition canadienne remue-ménage. Après une préface de la traductrice et les préfaces des deux éditions de l’autrice, la première partie explique l’histoire du féminisme afro-américain, les difficultés auquel il a fait face, mais également revient en détail sur les oppressions que subissent les afro-américaines et l’importance de l’entraide dans la communauté, en n’excluant aucun oppresseur : l’homme blanc, la femme blanche, l’homme noir. L’ouvrage fait référence à de nombreuses sources de connaissances situées pour définir l’oppression intersectionnelle que subissent les africaines américaines: toutes les femmes ne sont pas des universitaires, comme Sojourner Truth, militante du XIXème siècle qui ne savait ni lire ni écrire. La première partie entreprend de définir le féminisme noir, la deuxième décline et approfondit des thèmes. Personnellement, le plus enrichissant et le plus marquant a été celui sur la politique sexuelle, où l’autrice décrit les stéréotypes concernant les femmes noires et la sexualité en plusieurs figures caricaturales et les conséquences que cela…

Noire n’est pas mon métier, sur une idée de Aïssa Maïga
Avant , Recueil / 30 mars 2019

Ce livre est un recueil dirigée par Aïssa Maïga d’actrices et de célébrités des médias noires en France. Au delà des témoignages, parfois très éprouvants (Balance ton Poulpe raconte une agression sexuelles) se dresse le portrait peu flatteur du misogynoir (l’oppression enchevêtrée du sexisme et racisme que subissent les femmes noires)  en France dans le monde du cinéma. Que ce soit dans la formation où elles doivent se battre pour aller jusqu’au bout de celles-ci, les rôles limitées au stéréotypes des mamas africaines, les réalisateurs qui demandent des accents qui fassent assez africains ou disent ne pas vouloir plus d’une actrice noire dans leur film, il est impossible de ne pas s’arracher les cheveux en lisant ses précieux témoignages. Si vous êtes encore convaincu(e)s que la non présence des femmes noires dans le cinéma français ou dans les corps de ballet est seulement dû au fait qu’il n’y a pas d’actrices ou de danseuses, ce livre vous fera changer de point de vue. Comme disait Viola Davis à la cérémonie des Emmys (cité à juste titre): “La seule chose qui différencie la femme de couleur de toute autre personne, c’est l’opportunité”. Site de l’éditeur

Féminismes islamiques de Zahra Ali
Avant , Essai , Recueil / 29 octobre 2018

Voici un recueil de textes introduisant aux féminismes islamiques. Après une introduction de Mme Ali rappelant (ou nous apprenant ?) que féminismes et islam ne sont pas incompatibles, elle donne la parole à plusieurs féministes musulmanes de différentes nationalités. Chaque texte est introduit par une brève présentation de l’autrice ainsi que du contexte de l’écrit qui suit). N’étant pas musulmane, je ne suis pas à l’aise avec cette religion d’un oint de vue des connaissances. On n’est pas nécessairement perdue dans le livre, mais je pense qu’une musulmane comprendrait mieux le livre que moi. Voilà un résumé des idées qui sont abordées dans l’ouvrage: -Les hommes de religion musulmans ont interprété le Coran de manière à soutenir des idées patriarcales, tout en rejetant le féminisme comme une idée occidentale. Si du coté de l’Occident, on peut avoir une image que Islam et féminisme sont incompatibles, les hommes de religion s’appuient également sur cette idée pour maintenir le patriarcat, que ce soit dans l’islam et dans leur vie privée. -dans tous les pays musulmans, il y a des femmes croyantes, qui militent en s’appuyant sur les textes originaux pour montrer et lutter contre le patriarcat. Le texte d’origine est beaucoup moins…

Laëtitia ou La fin des hommes, Ivan Jablonka
biographie , Essai / 21 mars 2018

(TW féminicide, violence masculine) Laëtitia, ou la fin des hommes est un livre transverse, à mi-chemin entre l’essai sociologique, la biographie, l’oraison funèbre, le récit d’enquête. Le sujet est Läetitia Perrais, jeune femme de 18 ans, qui a été tué à Pornic en 2011 par Tony Meilhon. Un fait divers qui est devenu une affaire nationale quand la présidence a repris l’affaire pour justifier un durcissement des peines de récidive. Les chapitres, très courts, alternent entre les témoignages des proches qui esquissent le portrait de Laëtitia Perrais, les portraits révélateurs de ses proches, les témoignages des enquêteurices, membres de la justice, journalistes qui ont suivi/traité son dossier, le récit de l’enquête ainsi que ces évènements marquants. Le fil conducteur est de montrer à quel point la vie de Laëtitia Perrais a été fragmenté et malmené par les hommes et par l’Etat français (au sens des institutions et au delà de leurs meilleures intentions et du professionnalisme des membres qui la constituent) : car si Tony Meilhon reste son meurtrier ou son assassin, il n’est pas le seul qui a affecté durement sa courte vie. En suivant le chemin pris par Laëtitia et sa sœur jumelle Jessica, très présente dans le…

Sexisme, le mot pour le dire, Sarah Gurcel Vermande et Pauline Leet Pittenger
Essai , Livre / 9 janvier 2018

“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. Quand il n’y a pas de mot, la chose est invisible. La nommer, bien la nommer, la révèle et c’est la première étape pour lutter contre elle. Le mot sexisme (sexism aux Etats-Unis), qui a été calqué sur celui du racisme (racism), n’aura en l’an 2018 que 53 ans. En France, ce néologisme a été évoqué par Emile Servan-Shreiber mais c’est surtout le discours, sur un campus universitaire non mixte aux USA, par une jeune enseignante réputée pour sa grande gueule qui lui a fait son baptême de feu. Pauline Leet s’appuie sur l’analyse du racisme alors plus avancé à l’époque et pointe les faiblesses de la formation que des étudiants hommes, en université non mixte, ne lisant que des hommes et n’ayant des des professeurs hommes ont. Elle explique le sexisme derrière l’idée de parler du point de vue de la femme plutôt que des femmes, qui leur sera toujours inaccessible tant qu’ils n’écouteront, ne liront ni n’interagiront pas avec l’autre sexe tant qu’ils cesseront pas de considérer les femmes comme des objets ou des trophées, poésies à l’appui. Ce petit livre propose une traduction du discours, encadré par…

Ceci est mon sang, Élise Thiébaut
Essai / 30 août 2017

Titre complet du livre centré sur les menstrues, “Ceci est mon sang, Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font”, Elise Thiébaut vous parle des règles en long, en large en travers: tous les contes et les légendes autour d’elles qui ont servi d’outils de discrimination envers les femmes, leurs natures, les maladies liées intimement à elles (notamment l’endométriose du point de vue d’une personne qui en est atteinte), les scandales des protections hygiéniques (et le SCT/ Syndrome du Choc Toxique liées aux protections périodique). Le sujet est d’autant plus vaste que subsistent les tabous à leurs sujets. L’autrice n’hésite pas à saupoudrer son essai-récit de son humour. Autant un livre informatif qu’une thérapie personnelle permettant de (re)prendre en main le sujet. Site de l’éditeur LT lecture

Le problème avec les femmes, Jacky Fleming
Avant , BD / 7 février 2017

Jacky Fleming propose une BD pour nous expliquer le problèmes avec les femmes, s’appuyant sur des citations de génies (qui ne sont pas des femmes) comme Schopenhauer ou Darwin. Ils nous permettent de répondre à nos questions les plus évidentes: l’absence des femmes dans l’histoire (spoiler: elles n’existaient pas voilà) et fait le tour des difficultés que l’on percevait chez elles dans le passé. Plus humouristique qu’informatif, la BD pointe les entraves que les femmes ont eu dans l’histoire et explique leur absence dans l’histoire, au cas où il y en aurait encore des convaincu-e-s que ce n’est qu’un problème biologique.

King Kong Théorie, Virginie Despentes
Essai / 6 février 2017

King Kong Théorie est le deuxième livre que je lis de Virginie Despentes. Je suis incapable de vous dire si j’ai aimé Apocalypse Baby, mais il est sûr que cela m’a marqué : l’autrice a une très bonne plume, je la mets au niveau d’un Camus et d’un Vian (si, si). Je pense qu’on ne le dit pas assez, on préfère dire de Virginie Despentes qu’elle s’est prostituée ou que son style est agressif, et je n’arrive pas à être d’accord sur cette priorité dans les traits qui font d’elle une autrice. Ce point est d’ailleurs abordé dans cet essai. Virginie Despentes a écrit son essai autour de son expérience et de son cheminement intellectuel dans le féminisme. Chaque chapitre est agrémenté de citations d’auteurices (plus d’autrices que d’auteurs d’ailleurs) féministes. On y retrouve notamment son avis argumenté sur l’industrie du porno (elle est contre sa censure) et sur la prostitution (pour la légalisation). Je ne suis pas 100% d’accord avec ses arguments – je trouve qu’elle ne parle pas assez de ses privilèges: est-ce une omission, pense-t-elle que ça ne joue pas ou ne le voit-elle pas ?- mais curieusement, jamais 100% contre ces conclusions. C’est un livre court,…

Un silence de mortes, Patrizia Romito
Avant , Essai , Livre / 7 janvier 2017

Patrizia Romito raconte dans son avant-propos combien il a été difficile à écrire : on se doute qu’un livre de plus de 250 pages sur la violence masculine sous toutes ses formes (de la violence conjugale à l’inceste) ne sera pas de tout repos. J’ai tout de même été prise au dépourvu par la dureté dès l’introduction. On continue tout de même, car on comprend que cette lecture est nécessaire: qu’il faut connaitre et donner la mesure aux chiffres, aux statistiques sidérantes de la violence masculine, ainsi que être sensibilisée les tactiques et les stratégies de son occultation qui permettent particulièrement aujourd’hui de les entretenir. Il y a en sus une véritable analyse de l’oppression, avec des exemples éclairants de la traite des noirs pour les caractériser. Il y a également des sous-chapitres spécifiques traitant de la pédophilie et de l’inceste. Livre fortement Trigger pour la plupart des paragraphes. Je recommande de prévoir de le lire chapitre par chapitre, dans le temps si besoin. Si le style est très limpide, la lecture est très difficile : c’est malheureusement le sujet qu’il l’exige. Site de l’éditeur Pour aller plus loin (entre les lignes entre les mots)