Blues et féminisme noir, de Angela Davis
Avant , Essai / 21 avril 2019

Voilà un essai, ou un contre-essai, visant à donner à trois grandes artistes noires américaines leurs places dans l’histoire: Gertrude “Ma” Rainey et Bessie Smith, reines du blues dans les années 20, et Billie Holiday, chanteuse de blues et de jazz dans les années 40 de Strange Fruit qui fait l’objet des deux derniers chapitres. Les deux premières se sont servies de la musique et de leur voix pour parler de leurs revendications contre le racisme, le patriarcat et leur émancipation. elles sont alors des précurseuses, donnant des outils pour les luttes contre la ségrégation et pour le féminisme à venir. Parce qu’elles étaient des femmes noires, leur contribution que ce soit pour la musique ou pour le militantisme est souvent effacé et déformé. Listes des chapitres et thèmes autour de Gertrude Ma Rainey et Bessie Smith: -Idéologie, sexualité, vie domestique -Rivales, petites amies, coseillères -Thématique du voyage dans le blues des femmes -Bessie Smith, Gertrude “Ma” Rainey et les politiques de la contestation blues -Spiritualité et conscience de soi -Le Blues et l’esthétique noire Billie Holiday, chanteuse des années 40, a été réduite à une chanteuse de chansons d’amour, qui ne comprenait pas le sens et la portée de…

Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, Emilie Plateau
Avant , BD , biographie / 21 avril 2019

Il s’agit de l’adaptation BD de Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin écrit par Tania de Montaigne. Si la BD est inspirée (le texte est le même que dans le livre) de l’essai, il se focalise essentiellement sur la vie de Claudette Colvin quand le livre pour digresser sur d’autres points (notamment le racisme d’aujourd’hui), et un lexique apporte un complément sur le contexte. Le style est très sobre et la BD se lit bien. Si cela vous a plus, je vous conseille de lire le roman.

La pensée féministe noire, Patricia Hill Collins
Avant , Essai / 21 avril 2019

Voici un ouvrage massif et documenté sur la pensée féministe noire qui est un vrai coup de cœur dans la bibliothèque de ce site. Il s’agit d’un best seller publié en 1990 aux Etats-Unis et qui a été traduit en 2016 par la maison d’édition canadienne remue-ménage. Après une préface de la traductrice et les préfaces des deux éditions de l’autrice, la première partie explique l’histoire du féminisme afro-américain, les difficultés auquel il a fait face, mais également revient en détail sur les oppressions que subissent les afro-américaines et l’importance de l’entraide dans la communauté, en n’excluant aucun oppresseur : l’homme blanc, la femme blanche, l’homme noir. L’ouvrage fait référence à de nombreuses sources de connaissances situées pour définir l’oppression intersectionnelle que subissent les africaines américaines: toutes les femmes ne sont pas des universitaires, comme Sojourner Truth, militante du XIXème siècle qui ne savait ni lire ni écrire. La première partie entreprend de définir le féminisme noir, la deuxième décline et approfondit des thèmes. Personnellement, le plus enrichissant et le plus marquant a été celui sur la politique sexuelle, où l’autrice décrit les stéréotypes concernant les femmes noires et la sexualité en plusieurs figures caricaturales et les conséquences que cela…

Ouvrir la voix, d’Amandine Gay
Avant , Film / 31 mars 2019

Ouvrir la voix est un film-documentaire où Amandine Gay donne la parole à des afro-descendantes noires habitant en France et en Belgique, et qui sont invitées à parler de leur vécu et du racisme ordinaire. Beaucoup de témoignages recoupent ceux du recueil Noire n’est pas mon métier, qui se concentraient sur le monde du cinéma et des médias. Ici, beaucoup plus de sujets sont abordées: le racisme ordinaire, le rapport à la beauté occidentale (peau claire+cheveux lisses) & l’éclaircissement de la peau et le lissage des cheveux, le fait d’être ramené à l’Afrique même quand on est de nationalité française, les remarques sur l’accent ou le non-accent africain, la sexualité souvent fantasmée des femmes noires (c.f. La pensée féministe noire de Patricia Hill Collins), le rapport à la France malgré le racisme. C’est un film précieux pour les personnes racisées, qui s’y retrouveront et peut-être pour les autres, s’ils veulent prendre conscience du racisme dont ils sont forcément, quelque part, les acteurs. Le site du film

Noire n’est pas mon métier, sur une idée de Aïssa Maïga
Avant , Recueil / 30 mars 2019

Ce livre est un recueil dirigée par Aïssa Maïga d’actrices et de célébrités des médias noires en France. Au delà des témoignages, parfois très éprouvants (Balance ton Poulpe raconte une agression sexuelles) se dresse le portrait peu flatteur du misogynoir (l’oppression enchevêtrée du sexisme et racisme que subissent les femmes noires)  en France dans le monde du cinéma. Que ce soit dans la formation où elles doivent se battre pour aller jusqu’au bout de celles-ci, les rôles limitées au stéréotypes des mamas africaines, les réalisateurs qui demandent des accents qui fassent assez africains ou disent ne pas vouloir plus d’une actrice noire dans leur film, il est impossible de ne pas s’arracher les cheveux en lisant ses précieux témoignages. Si vous êtes encore convaincu(e)s que la non présence des femmes noires dans le cinéma français ou dans les corps de ballet est seulement dû au fait qu’il n’y a pas d’actrices ou de danseuses, ce livre vous fera changer de point de vue. Comme disait Viola Davis à la cérémonie des Emmys (cité à juste titre): “La seule chose qui différencie la femme de couleur de toute autre personne, c’est l’opportunité”. Site de l’éditeur

I am not your negro, de Raoul Peck
Avant , Film / 11 février 2019

I am not your negro est un film de réalisateur haïtien Raoul Peck et est basé sur les écrits de James Baldwin, écrivain américain noir. Comme le film l’explique au début, James Baldwin a eu la volonté, à la fin des années 70, d’écrire et de rendre hommage à trois grands figures contemporaines de la lutte contre le ségrégationnisme : Medgar Evers, Malcom X et Martin Luther King Jr. Il n’arrivera qu’à écrire difficilement qu’une trentaine de pages, qu’il intitulera “Remember your house” (Souviens toi de ta maison). Le film commence par un passage à la télévision de James Baldwin au Dick Cavett show, en 1968. Le présentateur blanc commence à dire que pour lui, tout va bien pour les personnes noires aux Etats-Unis, notamment parce qu’ils peuvent maintenant apparaitre dans les publicités : c’est assez indécent car, en juin 1968, Martin Luther King Jr a été victime d’un meurtre raciste et a été enterré il y a à peine 3 mois, rejoignant sous terre Malcom X et Medgar Evers. James Baldwin sourit d’un air désabusé, laissant le présentateur finir avant de répondre à la question : je ne m’inquiète pas pour l’avenir des personnes noires, mais pour l’avenir de…

Féminismes islamiques de Zahra Ali
Avant , Essai , Recueil / 29 octobre 2018

Voici un recueil de textes introduisant aux féminismes islamiques. Après une introduction de Mme Ali rappelant (ou nous apprenant ?) que féminismes et islam ne sont pas incompatibles, elle donne la parole à plusieurs féministes musulmanes de différentes nationalités. Chaque texte est introduit par une brève présentation de l’autrice ainsi que du contexte de l’écrit qui suit). N’étant pas musulmane, je ne suis pas à l’aise avec cette religion d’un oint de vue des connaissances. On n’est pas nécessairement perdue dans le livre, mais je pense qu’une musulmane comprendrait mieux le livre que moi. Voilà un résumé des idées qui sont abordées dans l’ouvrage: -Les hommes de religion musulmans ont interprété le Coran de manière à soutenir des idées patriarcales, tout en rejetant le féminisme comme une idée occidentale. Si du coté de l’Occident, on peut avoir une image que Islam et féminisme sont incompatibles, les hommes de religion s’appuient également sur cette idée pour maintenir le patriarcat, que ce soit dans l’islam et dans leur vie privée. -dans tous les pays musulmans, il y a des femmes croyantes, qui militent en s’appuyant sur les textes originaux pour montrer et lutter contre le patriarcat. Le texte d’origine est beaucoup moins…

Pax Neoliberalia, Jules Falquet
Avant , Essai , Livre , Recueil / 13 mai 2018

Recueil de 4 textes transverses s’intéressant aux racines des violences faites aux femmes à travers des prismes originaux : Pax neoliberalia dénonce la guerre silencieuse qui se (ré)organise et prolifère contre les femmes  derrière la “Paix néolibérale” de façade. Le premier texte se penche sur le Salvador et le Guatemala et rapproche les témoignages de femmes racisées violentées par leurs conjoints avec les méthodes de torture inventée par des français, sous le sigle de l’OAS. La deuxième texte s’intéresse au service militaire en Turquie et montre comment cette initiation réservée aux hommes porteurs de pénis (cisgenre) contribue à créer une classe d’oppresseurs, à légitimer la violence envers les femmes et à excuser celle-ci. Le troisième texte revient sur les féminicides de Ciudad Juaréz, à côté de la frontière mexico-Etatsunienne. De nombreux meurtres de femmes, en majorité racisés, pauvres et travaillant dans des maquiladoras, des entreprises où la main d’œuvre peu chère et docile attire les US companies ont eu lieu sans que les autorités s’en émeuvent. Jules Falquet revient sur la notion et l’origine du mot féminicide, fait une synthèse des rares études qui ont été faites sur les dessous des féminicides et montre comment ceux-ci assoient le pouvoir en…

Sexisme, le mot pour le dire, Sarah Gurcel Vermande et Pauline Leet Pittenger
Essai , Livre / 9 janvier 2018

“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. Quand il n’y a pas de mot, la chose est invisible. La nommer, bien la nommer, la révèle et c’est la première étape pour lutter contre elle. Le mot sexisme (sexism aux Etats-Unis), qui a été calqué sur celui du racisme (racism), n’aura en l’an 2018 que 53 ans. En France, ce néologisme a été évoqué par Emile Servan-Shreiber mais c’est surtout le discours, sur un campus universitaire non mixte aux USA, par une jeune enseignante réputée pour sa grande gueule qui lui a fait son baptême de feu. Pauline Leet s’appuie sur l’analyse du racisme alors plus avancé à l’époque et pointe les faiblesses de la formation que des étudiants hommes, en université non mixte, ne lisant que des hommes et n’ayant des des professeurs hommes ont. Elle explique le sexisme derrière l’idée de parler du point de vue de la femme plutôt que des femmes, qui leur sera toujours inaccessible tant qu’ils n’écouteront, ne liront ni n’interagiront pas avec l’autre sexe tant qu’ils cesseront pas de considérer les femmes comme des objets ou des trophées, poésies à l’appui. Ce petit livre propose une traduction du discours, encadré par…

Classer, dominer : qui sont les “autres” ?, Christine Delphy
Avant , Essai , Livre / 6 février 2017

Je pense que toute personne s’intéressant de manière au féminisme finit par toucher la notion d’oppression, le système où une population se retrouve divisée entre dominants et dominés ; l’autrice rappelle qu’il en existe plusieurs, selon la couleur de peau, l’orientation sexuelle, le sexe. Chacun a ses spécificités, mais chacune aussi a énormément de points communs : l’origine de cette classification devenu hiérarchique, les personnes qui l’ont défini (spoiler: ce n’est pas la nature) est le sujet central de l’essai. Est-ce que mieux comprendre l’origine de ces classements sociaux aux conséquences dramatiques vous intéresse ? Est-ce que comprendre l’origine du racisme vous intrigue ? Êtes-vous curieux de découvrir la nature des castes qui existent dans notre société ? Ce livre est fait pour vous. Site de l’éditeur Mon fil de lecture Extraits (introduction)