Gros n’est pas un gros mot, Daria Marx & Eva Perez-Bello (Gras Politique)
Essai / 17 juin 2019

Ce recueil est un manifeste et un récapitulatif des manifestations de la grossophobie, ou l’oppression subie par les personnes grosses. Découpée en 19 pages très concis, on découvre (en particulier si on n’est pas concerné.e) comment se manifeste la grossophobie. Selon la société, être gros implique forcément une mauvaise santé, or, ce n’est pas le cas. Être gros peut être un facteur de comorbidité, mais pas nécessairement un problème en soi. Cependant, le corps médical et l’hôpital maltraite les gros: cela va des médecins qui vont se concentrer sur le poids des malades, venus pour des maux n’ayant rien à voir avec leurs poids, au matériel médical pas adaptés (brassard avec écrit “obèse”, fauteuil roulant trop étroit). Les médecins veulent mettre les gros aux régimes, mais les études et les statistiques montrent que les régimes restrictifs ont peu de chances de faire des personnes grosses des personnes minces à terme, et risquent d’aggraver les TCA, auxquelles les gros.s.es sont fortement sujets. Les chirurgies, au delà de leur caractère définitif, ont un retour d’efficacité bien moindre que celui vanté par les médias. Les gros.ses voulant des enfants devront trouver des médecins non grossophobes pour effectuer leur suivi et auront, paradoxalement, beaucoup…

La pensée féministe noire, Patricia Hill Collins
Avant , Essai / 21 avril 2019

Voici un ouvrage massif et documenté sur la pensée féministe noire qui est un vrai coup de cœur dans la bibliothèque de ce site. Il s’agit d’un best seller publié en 1990 aux Etats-Unis et qui a été traduit en 2016 par la maison d’édition canadienne remue-ménage. Après une préface de la traductrice et les préfaces des deux éditions de l’autrice, la première partie explique l’histoire du féminisme afro-américain, les difficultés auquel il a fait face, mais également revient en détail sur les oppressions que subissent les afro-américaines et l’importance de l’entraide dans la communauté, en n’excluant aucun oppresseur : l’homme blanc, la femme blanche, l’homme noir. L’ouvrage fait référence à de nombreuses sources de connaissances situées pour définir l’oppression intersectionnelle que subissent les africaines américaines: toutes les femmes ne sont pas des universitaires, comme Sojourner Truth, militante du XIXème siècle qui ne savait ni lire ni écrire. La première partie entreprend de définir le féminisme noir, la deuxième décline et approfondit des thèmes. Personnellement, le plus enrichissant et le plus marquant a été celui sur la politique sexuelle, où l’autrice décrit les stéréotypes concernant les femmes noires et la sexualité en plusieurs figures caricaturales et les conséquences que cela…

Ouvrir la voix, d’Amandine Gay
Avant , Film / 31 mars 2019

Ouvrir la voix est un film-documentaire où Amandine Gay donne la parole à des afro-descendantes noires habitant en France et en Belgique, et qui sont invitées à parler de leur vécu et du racisme ordinaire. Beaucoup de témoignages recoupent ceux du recueil Noire n’est pas mon métier, qui se concentraient sur le monde du cinéma et des médias. Ici, beaucoup plus de sujets sont abordées: le racisme ordinaire, le rapport à la beauté occidentale (peau claire+cheveux lisses) & l’éclaircissement de la peau et le lissage des cheveux, le fait d’être ramené à l’Afrique même quand on est de nationalité française, les remarques sur l’accent ou le non-accent africain, la sexualité souvent fantasmée des femmes noires (c.f. La pensée féministe noire de Patricia Hill Collins), le rapport à la France malgré le racisme. C’est un film précieux pour les personnes racisées, qui s’y retrouveront et peut-être pour les autres, s’ils veulent prendre conscience du racisme dont ils sont forcément, quelque part, les acteurs. Le site du film

Noire n’est pas mon métier, sur une idée de Aïssa Maïga
Avant , Recueil / 30 mars 2019

Ce livre est un recueil dirigée par Aïssa Maïga d’actrices et de célébrités des médias noires en France. Au delà des témoignages, parfois très éprouvants (Balance ton Poulpe raconte une agression sexuelles) se dresse le portrait peu flatteur du misogynoir (l’oppression enchevêtrée du sexisme et racisme que subissent les femmes noires)  en France dans le monde du cinéma. Que ce soit dans la formation où elles doivent se battre pour aller jusqu’au bout de celles-ci, les rôles limitées au stéréotypes des mamas africaines, les réalisateurs qui demandent des accents qui fassent assez africains ou disent ne pas vouloir plus d’une actrice noire dans leur film, il est impossible de ne pas s’arracher les cheveux en lisant ses précieux témoignages. Si vous êtes encore convaincu(e)s que la non présence des femmes noires dans le cinéma français ou dans les corps de ballet est seulement dû au fait qu’il n’y a pas d’actrices ou de danseuses, ce livre vous fera changer de point de vue. Comme disait Viola Davis à la cérémonie des Emmys (cité à juste titre): “La seule chose qui différencie la femme de couleur de toute autre personne, c’est l’opportunité”. Site de l’éditeur

Idéal standard, Aude Picault
BD / 3 mars 2019

Voici un ouvrage BD un peu à part, au sens qu’il ne s’agit pas d’un livre se présentant comme féministe en soi mais qui illustre les déboires d’une trentenaire cherchant à fonder une famille. En filigrane, est dénoncé la charge mentale dans le couple, la sexualité, la responsabilité de la contraception, l’engagement dans un couple hétérosexuel standard. Site éditeur

L’une d’elles, Una
BD / 14 janvier 2019

Dans le Yorkshire, en 1975, un tueur en série a tué des dizaines de femmes avant d’être arrêté. “Après que tout fut fini, il s’avéra qu’il avait été interrogé plusieurs fois. Mais ils ne cherchaient pas un homme ordinaire.” Una raconte son enfance entaché de violences sexuelles en parallèle de la recherche d’un tueur de série en femmes qui ne fut pas capturé tout de suite car il ne correspondait pas au stéréotype du tueur en série, tout comme ses victimes, des femmes isolées voire prostituées, ne correspondaient pas au stéréotypes des victimes. Des faits divers, terribles car communs et universels. Deux histoires qui se recoupent douloureusement et décrivent une société où la violence contre les femmes, n’était et n’est jamais loin.

Pouvoir et violence sexiste, Andrea Dworkin
Essai , Recueil / 6 novembre 2018

Ce petit recueil (format A6) est la première traduction française publiée. Il contient 5 textes qui se retrouvent dans le recueil publié par Syllepse (à la traduction près) Le premier texte, “Écrire” est un extrait autour de l’écriture de la “lettre à E.”. C’est un extrait assez lyrique et puissant, qui présente l’avantage d’être moins trigger que le texte complet (qui évoque des violences sexuelles et des tentatives de suicide) Le deuxième texte, “Tuerie à Montréal” est une retranscription de son discours suite au gynocide à l’école polytechnique de Montréal. Le troisième texte, “le pouvoir” est un mini-essai très important où Dworkin analyse le patriarcat sous forme de pouvoir que les hommes ont. Le quatrième texte, “Prostitution et domination masculine”, qui est également un discours, explique en quoi la prostitution est un outil du patriarcat qu’il est urgent d’abolir. Le cinquième texte, “Souvenez-vous, résistez, ne pliez pas”, qui a donné le titre, fait le bilan de l’avancée du féminisme et montre ce qu’il reste à faire, ainsi que l’attitude que les féministes doivent conserver.

Rupture anarchiste et trahison féministe, de Léo Thiers-Vidal
Avant , Livre , Recueil / 27 mai 2018

Voici un recueil de textes écrit par Léo Thiers-Vidal, anarchiste proféministe prolifique ayant écrit une thèse sur le sujet éditée aux éditions de l’Harmattan. La première partie, intitulée “rupture anarchiste” est un patchwork de textes expliquant la vision de l’anarchisme de Léo et sa découverte dans ce cadre de l’oppression subie par les femmes. Léo comprend que son anarchisme ne peut être que féministe, comprend aussi à quel point son point de vue sur la question, en tant que dominant, peut être biaisé et découvrira à ses dépens que ce qu’il voit comme du bons sens ou une évidence n’est pas vrai pour les vieux chefs des groupes anarchistes, dont il se fera exclure. La deuxième partie, intitulée “trahison pro-féministe” commence avec des textes pour expliquer de manière abstraite les problèmes des analyses des chercheurs hommes sur le féminisme, et énonce des pré-requis et des pistes afin que ces derniers puissent contribuer sans dénaturer les sujet. Un texte est une critique de l’essai de la domination masculine de Pierre Bourdieu, qui a sciemment ignoré et effacé les féministes et leurs recherches en faisant son essai. Enfin, le dernier texte revient sur le meurtre de Nadine Trintignant par Bertrand Cantat et…

Les crocodiles, Thomas Matthieu
BD , Recueil / 20 décembre 2017

L’illustrateur du féminisme en sept slogans et citations veut sensibiliser à la violence masculine subie par les femmes par l’intermédiaire d’une BD représentant les hommes comme des crocodiles. Comme cela est expliqué par des femmes à a fin de l’ouvrage, cette métaphore et le fait que tous les hommes, gentils ou non, soient représentés par l’animal, rappelle que pour une femme, il est impossible de savoir si un homme sera respectueux ou non… et dans le monde actuel, le =consentement des femmes -qui est le point-clé dans les problématiques d’harcèlement et de violences sexuelles- est rapidement non respecté même par des hommes avec les meilleurs intentions. Cette BD contient également des planches avec des conseils pour se défendre contre le harcèlement et les violences (sans prétendre être une réponse acceptable ou que cela soit possible dans toutes les situations). La dernière BD indique que le public visé en premier lieu sont les crocodiles, afin qu’ils prennent conscience de l’oppression qu’ils peuvent faire subir aux femmes. Un livre important à lire de bout en bout – autant les témoignages que les explications de texte à la fin. Vu la dureté des témoignages, il est difficile de dire qu’on prend du plaisir…

Un autre regard, Emma
BD , Essai , Recueil / 20 décembre 2017

La blogueuse Emma, ingénieure informatique et dessinatrice s’exprime en BD autour de sujets touchant la politique mais également de féminisme : vous pourrez découvrir dans ce premier tome notamment ce qu’est le gaslighting et ce qu’on appelle le regard masculin et l’épisiotomie (violences obstétriques). Récemment, sa BD sur la charge mentale a eu pas mal de succès et de retentissement. Un deuxième volume contenant cette BD est déjà disponible dans les librairies. Emma a un vrai talent pour la vulgarisation et je vous encourage à la découvrir.